Le dernier Digital News Report du Reuters Institute montre qu’un changement profond est à l’œuvre. Pour la première fois, les réseaux sociaux et les plateformes vidéo dépassent les sites d’information comme porte d’entrée vers l’actualité. Une évolution qui touche toute l’Europe, même si le Vieux Continent résiste encore mieux que les États-Unis ou certaines régions d’Asie.
Les plateformes deviennent la porte d’entrée principale vers l’actualité
Le chiffre est symbolique : à l’échelle des 48 pays étudiés, 54 % des internautes utilisent désormais les réseaux sociaux et les plateformes vidéo pour s’informer chaque semaine, contre 51 % pour les sites et applications des médias.
Il ne s’agit pas forcément d’un abandon des grandes marques de presse ou des chaînes d’information. Mais de plus en plus d’utilisateurs découvrent les articles via Facebook, Instagram, TikTok, YouTube ou Google Discover plutôt qu’en se rendant directement sur les sites des éditeurs.
L’Europe conserve toutefois certaines spécificités. Les sites d’information restent plus solides qu’ailleurs dans plusieurs pays européens et les journaux télévisés conservent encore une place importante, notamment en Allemagne, aux Pays-Bas ou au Danemark. Mais la tendance est la même partout : la consommation directe recule progressivement au profit des plateformes.
En France, les jeunes s’informent déjà autrement
La France illustre parfaitement cette transformation. Les moins de 35 ans privilégient largement Instagram, TikTok ou YouTube pour suivre l’actualité. Les formats vidéo courts, les résumés visuels et les créateurs spécialisés gagnent du terrain auprès d’un public qui consulte moins souvent les sites de presse traditionnels.
Le phénomène profite à de nouveaux acteurs comme HugoDécrypte (cité par l'étude), mais aussi à de nombreux créateurs qui décryptent l’actualité sur les réseaux sociaux. Selon Reuters, près d’un quart des internautes dans le monde consultent désormais régulièrement des créateurs spécialisés dans l’information.
La confiance continue de s’éroder
Cette évolution s’accompagne toutefois d’un paradoxe. Les plateformes deviennent incontournables, mais elles inspirent moins confiance que les médias traditionnels. En effet, le rapport révèle que la confiance dans l’information tombe à 37 % au niveau mondial, son niveau le plus faible depuis le début de l’étude en 2015.
En parallèle, les inquiétudes autour de la désinformation progressent fortement en Europe occidentale. Les préoccupations liées aux deepfakes, aux contenus générés par l’intelligence artificielle et aux manipulations sur les réseaux sociaux augmentent dans pratiquement tous les pays européens.
La France n’échappe pas à cette tendance. Les débats autour de l’immigration, du climat ou encore des conflits internationaux alimentent régulièrement les accusations de biais médiatique. Le rapport souligne d’ailleurs que les médias de service public ne bénéficient plus d’un consensus aussi fort qu’autrefois dans plusieurs pays européens, dont la France.
L’intelligence artificielle progresse, mais sans révolution
ChatGPT, Gemini ou Perplexity apparaissent également dans le paysage de l’information. En moyenne, 10 % des utilisateurs déclarent désormais utiliser un chatbot IA pour suivre l’actualité.
La progression reste là encore limitée en France, où l’usage de ces outils pour l’information stagne par rapport à l’an dernier. Les internautes qui les utilisent apprécient surtout la possibilité d’obtenir des explications complémentaires ou de poser des questions de suivi sur un sujet complexe.
Pour les éditeurs, la menace est néanmoins bien réelle : si les utilisateurs obtiennent directement leurs réponses dans une interface d’IA, le trafic vers les sites d’information risque de continuer à diminuer.
Qu’en penser ?
Le rapport de Reuters confirme surtout une tendance observée depuis plusieurs années : ce ne sont plus les médias qui attirent le public, mais les plateformes qui distribuent leurs contenus. Pour les éditeurs européens et français, le défi est considérable. Il faut continuer à exister sur Instagram, TikTok, YouTube ou demain dans les interfaces d’IA, tout en conservant une relation directe avec les lecteurs.
Le paradoxe est frappant : les utilisateurs accordent davantage leur confiance aux médias qu’aux plateformes, mais passent de plus en plus de temps sur ces dernières. Dans ce contexte, la bataille de l’information ne se joue plus seulement sur la qualité du contenu, mais aussi sur la capacité des médias à rester visibles dans des environnements qu’ils ne contrôlent plus vraiment.